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Recension de livre

Castoriadis. Le projet d’autonomie

Un texte de Jean-François Bissonnette, PUBLIÉ LE 24 Septembre 2008

Philippe Caumières, Paris, Michalon, 2007, 128 p.

Coïncidant avec la commémoration des dix ans de la disparition du philosophe et psychanalyste Cornelius Castoriadis (1922-1997), paraissait l’an dernier cet ouvrage de Philippe Caumières. Comme la visée de la maison d’édition est d’« avoir une démarche militante du point de vue des idées1 », on ne s’étonnera pas de voir l’œuvre de Castoriadis abordée sous l’angle de sa résonnance politique, notamment par l’importance qu’accorde Caumières à la « période militante » du penseur d’origine grecque.

Selon Caumières, l’activité intellectuelle de Castoriadis trouve sa cohérence dans le concept d’autonomie, et c’est en suivant ce « fil conducteur » qu’il entend retracer son parcours. Or l’autonomie se voulant une « idée essentiellement politique », l’œuvre de pensée de Castoriadis ne pourrait donc être comprise sans l’examen conjoint de son engagement dans le siècle, et cette lecture paraît d’ailleurs conforme à l’idée de praxis telle que Castoriadis a pu l’entendre, soit l’unité de la théorie et de la pratique sociale.

L’ouvrage se présente en trois parties. Le premier chapitre, intitulé « La révolution redéfinie », se consacre essentiellement aux enjeux qui préoccupèrent Castoriadis dès son arrivée en France en 1945, et qui inspirèrent son engagement tant théorique que programmatique dans le collectif Socialisme ou Barbarie. La conjoncture politique de l’époque, marquée par la guerre froide et la critique du stalinisme, aurait durablement imprégné la réflexion de Castoriadis, l’amenant à reconsidérer en profondeur le sens d’une orientation révolutionnaire à la lumière de l’histoire de l’U.R.S.S.  Si la révolution d’octobre a pu être un authentique soulèvement prolétarien, sa rapide dégénérescence en un régime d’oppression bureaucratisée menait à conclure à un dévoiement de l’idéal socialiste.  C’est à l’aulne des rapports de production effectifs, et non simplement des formes juridiques de propriété que devait être jugé le « socialisme réel », et l’avènement de la bureaucratie, « classe exploiteuse d’un genre nouveau », remettait radicalement en cause l’espérance révolutionnaire. Pour Castoriadis, le socialisme ne pouvait être qu’autonomie, c’est-à-dire contrôle des hommes sur leur propre vie dans tous les domaines, et le maintien d’une division entre dirigeants et exécutants en U.R.S.S. s’avérait donc en être la négation. 

Ce constat, qui fut la marque de Socialisme ou Barbarie, sera néanmoins une cause de l’éventuelle dissolution du groupe, si l’on en croit Caumières, lorsque dans le cours des événements de 1958 en France, il fut proposé (par Castoriadis notamment) de faire du collectif d’intellectuels militants une véritable organisation révolutionnaire. Caumières illustre la teneur du débat en confrontant les points de vue de Castoriadis et de Claude Lefort, ce dernier ayant conclu du fait que le prolétariat soit « expérience » et non « essence », à l’impossibilité de le représenter politiquement. Le projet révolutionnaire serait ainsi « l’expression du phantasme de l’unité du social », tentative de recouvrir la division qui en est indissolublement constitutive. Face à cette posture qui équivaut à l’abandon pur et simple de l’idéal socialiste, Castoriadis aurait quant à lui cherché à redéfinir l’exigence révolutionnaire et le sens de la praxis qui lui est associée. L’autonomie serait à concevoir comme un processus, puisque c’est par le biais de l’activité elle-même, et non d’un savoir préalable, qu’elle se développe. La tâche du militant serait ainsi de « relayer » les tendances à l’autonomie qui se manifestent dans les luttes sociales. Loin du pur spontanéisme, car la révolution se doit d’être transformation consciente de la société, il faut donc travailler à situer les luttes dans le cadre d’intelligibilité plus large qu’est la société dans son ensemble, et cela doit être fait selon les termes d’une « dialectique concrète », qui acquiesce à ce que les catégories permettant de penser l’action soient destinées à être modifiées par cette même action.






Doctorant, École d’Études politiques Université d’Ottawa






Université d'Ottawa Centre interdisciplinaire de recherche sur la citoyenneté et les minorités