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Une tension indépassable ...?

L’anthropologie et la question autochtone

Un texte de Natacha Gagné et Marie Salaün, PUBLIÉ LE 16 Septembre 2009

Cette controverse mémorielle autour de la colonisation, dans sa genèse et ses enjeux, a été très bien décrite par Romain Bertrand. Mais, comme il le souligne, le débat sur le fait colonial s’est trouvé de fait « déplacé vers des arènes de mobilisation propres aux “débats sur l’immigration” »16 , la question ne se posant pas exclusivement sur le terrain métropolitain et dans la gestion de la question immigrée. À cet égard, les situations inédites que la République doit affronter à ses marges cette fois, et non plus en son cœur, sont révélatrices de ces enjeux de mémoire : ce que les revendications « autochtones » kanak, tahitienne ou amérindienne en Guyane imposent, c’est une révision intégrale du type de liens que la France entend maintenir avec les « confettis » de son empire colonial.

Ailleurs, principalement dans les pays de l’ancien Empire britannique, on remarque un ressac conservateur de la part des populations majoritaires contre les droits revendiqués par les autochtones, alors que c’était précisément dans ces pays que les peuples autochtones avaient réalisé les gains les plus importants en termes de reconnaissance et de droits particuliers. Ce phénomène de ressac a pu être observé au cours des dernières années parmi les populations majoritaires de plusieurs pays de l’ancien Empire britannique, dont le Canada, les États-Unis, l’Australie17 et la Nouvelle-Zélande, mais aussi la Norvège et la Suède. Le phénomène est facilement stimulé par des arguments raciaux. Il s’exprime, entre autres, par le rejet de toute forme de discrimination positive, celle-ci étant interprétée comme une injustice sociale, un racisme inversé. Dans le cas de la Nouvelle-Zélande, Barber18 soutient que ces discours sont délibérément développés pour fournir aux sentiments anti-autochtones une aura de légitimité puisque s’il est politiquement incorrect d’être contre les droits et revendications autochtones, il est toujours bien vu de s’opposer à toute forme de racisme.

La question des droits sur les terres, territoires et ressources est aussi un enjeu important dans plusieurs de ces pays, dont la Nouvelle-Zélande et le Canada19. Au Canada, la question se pose de façon très sérieuse, puisqu’une partie importante du territoire, surtout dans la partie septentrionale du pays, n’a fait l’effet d’aucuns traité (ni à l’époque du contact ni plus tard) avec les populations autochtones, ce qui signifie que des droits autochtones subsistent jusqu’à ce jour et que les autochtones de ces territoires pourraient s’en prévaloir20. La situation du Canada serait ainsi jugée comme « délicate » du fait que la Déclaration irait plus loin que les droits reconnus dans la Charte canadienne des droits et libertés et dans la Loi constitutionnelle de 1982 et qu’elle serait non conforme à des décisions de la Cours suprême du Canada quant aux terres et en matière de droits collectifs et individuels, entre autres choses21. Sur la question du consentement préalable libre et informé des populations autochtones, le Canada y voit « un droit de veto sur plusieurs questions administratives, lois, propositions de développement et activités de défense nationale qui intéressent la population en général »22. Toutes ces raisons expliquent en partie le vote du Canada lors de l’adoption de la Déclaration sur les droits des peuples autochtones, en plus des préoccupations qu’il a exprimées, en lien avec la Déclaration, quant à la question du droit à l’autodétermination. Comme dans le cas français, est ici en jeu la question de la réparation des torts historiques ancrés dans le passé colonial. Dans le cas de plusieurs États nés de la colonisation européenne, le fond du problème réside aussi dans le désir « de désamorcer le débat sur les phénomènes persistants de colonialisme interne marquant leurs relations avec les peuples autochtones vivant en leur sein »23.




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