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Une tension indépassable ...?

L’anthropologie et la question autochtone

Un texte de Natacha Gagné et Marie Salaün, PUBLIÉ LE 16 Septembre 2009

NOTES

1 Barbara Glowczewski, Guerriers pour la paix. La condition politique des Aborigènes vue de Palm Island, avec la collaboration de Lex Wotton, Montpellier, Éditions Indigène, 2008, p. 15.
2 Voir Conseil des droits de l’homme, Nations Unies, (consulté le 28 novembre 2008), « Le projet de déclaration surles droits des peuples autochtones», [En ligne].Adresse URL : http://www.droitshumains.org/ONU_GE/conseilddh/06/debat03.htm.
3 Voir ONU : Déclaration sur les droits des peuples autochtones approuvée, (consulté le 28 novembre 2008), [En ligne]. Adresse URL :
http://www.latinreporters.com/onuPeuplesAutochtones14092007.html.
4 Voir le site web du Programme de multiculturalisme de Patrimoine canadien (consulté le 18 novembre 2008), [En ligne]. Adresse URL : http://www.pch.gc.ca/pgm/multi/index-fra.cfm.
5 « Art. 1. - La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. Son organisation est décentralisée ».
6 Voir Position du Canada : Projet de déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (consulté le 28 novembre 2008), [En ligne]. Adresse URL : http://www.ainc-inac.gc.ca/ap/ia/pubs/ddr/ddr-fra.asp.
7 Wiktor Stoczkowski, « The “Fourth Aim” of Anthropology: Between Knowledge and Ethics », Anthropological Theory, 8, 4, 2008, p. 346.
8 En 1974, fut adoptée la Déclaration concernant l’instauration d’un nouvel ordre économique international par l’Assemblée Générale des Nations-Unies. Voir Résolution adoptées sur le rapport de la commission spéciale de la 6e session extraordinaire (consulté le 9 décembre 2008). [En ligne]. Adresse URL : http://www.un.org/french/documents/view_doc.asp?symbol=A/RES/3201%20(S-VI).
9 Voir Isabelle Schulte-Tenckhoff, La question des peuples autochtones, Bruxelles, Bruylant, 1997; voir aussi Roger C. A. Maaka et Chris Andersen (dir.), The Indigenous Experience: Global Perspectives, Toronto, Canadian Scholars’ Press, 2006; Ronald Niezen, The Origins of Indigenism: Human Rights and the Politics of Identity, Berkeley, University of California Press, 2003.
10 IWGIA, The Indigenous World 2007, Copenhagen, IWGIA, 2007; WGIP, « Indigenous Peoples and the United Nations System », Leaflet 1, Office of the High Commissioner for Human Rights, ONU, 2001; pour des estimations régionales, voir David Maybury-Lewis, « Indigenous Peoples », dans Roger C. A. Maaka et Chris Andersen (dir.), The Indigenous Experience: Global Perspectives, Toronto, Canadian Scholars’ Press, 2006, p. 22.
11 Le Petit Robert, 1993, p. 160.
12 Voir, entre autres : Alban Bensa, « Usages savants et politiques de la notion d’autochtonie », dans Natacha Gagné, Martin Thibault et Marie Salaün (dir.), Autochtonies : vues de France et du Québec, Québec, Presses de l’Université Laval, 2009, p. 21-32; Marcel Détienne, Comment être autochtone. Du pur Athénien au Français raciné, Paris, Seuil, 2003; Jean-Claude Müller, « Du don et du rite comme fondateurs des chefferies. Marcel Mauss chez les Dìì du Nord-Cameroun », Cahiers d’Études africaines, 39, 154, 1999, p. 387-408.
13 Bensa, « Usages savants et politiques de la notion d’autochtonie », dans Autochtonies : vues de France et du Québec.
14 Pour un exemple, voir Claude Liauzu, « Non à la loi scélérate! », L’Histoire, 302, 2005, p. 52-53.
15 Daniel Lefeuvre, Pour en finir avec la repentance coloniale, Paris, Flammarion, 2006, p. 220.
16 Romain Bertrand, Mémoires d’empire. La controverse autour du « fait colonial », Broissieux, Éditions du Croquant, 2006, p. 12.
17 C’est peut-être moins vrai pour l’Australie depuis le changement de gouvernement en novembre 2007 et les excuses nationales offertes à la « Stolen generation » le 13 février 2008, mais seul le temps montrera comment évoluera la situation. Le 11 juin 2008, le Premier ministre du gouvernement conservateur du Canada, Stephen Harper, a aussi présenté des excuses aux anciens élèves des pensionnats indiens. C’est pourtant sous ce même gouvernement, élu en mai 2006, que le Canada a voté « non » lors de l’adoption de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones alors que la position du Canada s’était de beaucoup assouplie au cours des dernières années, particulièrement depuis 2004 sous le gouvernement libéral de Paul Martin (pour des détails, voir Marie Léger, « L’histoire de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones », Recherches amérindiennes au Québec, 37, 2-3, 2007, p. 145-155).
18 Keith Barber, « ‘Indigenous Rights’ or ‘Racial Privileges’: The Rhetoric of ‘Race’ in New Zealand Politics », The Asia Pacific Journal of Anthropology, 9, 2, 2008, p. 141-156.
19 Léger, « L’histoire de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones ».
20 Voir Isabelle Schulte-Tenckhoff, « Peuples autochtones : penser le dilemme fondateur de l’État néo-européen », dans Natacha Gagné, Martin Thibault et Marie Salaün (dir.), Autochtonies : vues de France et du Québec, Québec, Presses de l’Université Laval, 2009, p. 111-128. Dans ce chapitre, Schulte-Tenckhoff discute aussi de l’ambiguïté juridique entourant la valeur des traités.
21 Puisque « [l]’interprétation du Projet de déclaration pourrait aller au-delà de l’état actuel du droit au Canada », Position du Canada : Projet de déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (consulté le 28 novembre 2008), il semble que le « non » du Canada lors de l’adoption de la Déclaration pourrait avoir été motivé par le fait qu’il craigne que les autochtones se servent des tribunaux pour obliger l’État à respecter leurs droits tels que mentionnés dans la Déclaration sur les droits des peuples autochtones. Le Canada craindrait que la Déclaration devienne un document de référence pour les juges canadiens, ce qui pourrait donner naissance à une nouvelle jurisprudence en matière de droits autochtones (Jean-François Savard, « Le Canada a-t-il trahi les autochtones ? », Le Devoir, vendredi 14 septembre 2007, (consulté le 10 décembre 2008)). [En ligne]. Adresse URL : http://www.ledevoir.com/2007/09/14/156669.html. Les juges pourraient, par exemple, lui accorder une valeur de convention, la rendant ainsi contraignante.
22 Voir la Position du Canada : Projet de déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (consulté le 28 novembre 2008).
23 Schulte-Tenckhoff, « Peuples autochtones : penser le dilemme fondateur de l’État néo-européen », p. 114; voir aussi Savard, « Le Canada a-t-il trahi les autochtones ? ».
24 Étienne Balibar, Nous, citoyens d’Europe : Les Frontières, l’État, le peuple, Paris, La Découverte, 2001, p. 93.
25 Discours du 30 janvier 1944 prononcé par Charles de Gaulle lors de l’ouverture de la Conférence de Brazzaville qui regroupait des représentants des colonies africaines françaises autour du Commissaire aux Colonies, René Pleven. Cette conférence portait sur l’avenir des colonies, étape importante de l’évolution de la doctrine coloniale qui aboutira à l’Union française (1946).
26 Jean-François Bayart et Peter Geschiere, « “ J’étais là avant “. Problématiques politiques de l’autochtonie », Critique internationale, 10, 2001, p. 178.
27 Natacha Gagné et Marie Salaün, « Présentation », dans Natacha Gagné, Martin Thibault et Marie Salaün (dir.), Autochtonies : vues de France et du Québec, Québec, Presses de l’Université Laval, 2009, p. xiii-xx.
28 Carole Lévesque, « Les recherches relatives aux peuples autochtones à l’heure de la société du savoir et de la mobilisation des connaissances », dans Natacha Gagné, Martin Thibault et Marie Salaün (dir.), Autochtonies : vues de France et du Québec, Québec, Presses de l’Université Laval, 2009, p. 455-470.
29 Voir Lévesque, « Les recherches relatives aux peuples autochtones à l’heure de la société du savoir et de la mobilisation des connaissances », dans Autochtonies : vues de France et du Québec.
30 Claude Lévi-Strauss, Anthropologie structurale, Paris, Plon, 1958, p. 28.
31 Linda Tuhiwai Smith, Decolonizing Methodologies: Research and Indigenous Peoples, London, Zed Books, 1999, p. 6.
32 Voir, par exemple, Alain Babadzan, « Kastom and Nation-Building in the South-Pacific », dans Remo Guidieri, Francesco Pellizi et Stanley J. Tambiah (dir.), Ethnicities and nations: processes of interethnic relations in Latin America, Southeast Asia and the Pacific, Austin, University of Texas Press, 1988, p. 199-228; Alain Babadzan (dir.), Les politiques de la tradition: identités culturelles et identités nationales dans le Pacifique, Paris, Musée de l’Homme, 1999; Allan Hanson, « The Making of the Maori: Culture Invention and Its Logic », American Anthropologist, 91, 4, 1989, p. 890-902; Margaret Jolly et Nicholas Thomas (dir.), « The Politics of Tradition in the Pacific », Oceania, 62, 4, 1992; Roger M. Keesing et Robert Tonkinson (dir.), « Reinventing Traditional Culture: The Politics of Kastom in Island Melanesia », Mankind, 13, 4, 1982; Jocelyn Linnekin, « Defining Tradition: Variations on the Hawaiian Identity », American Ethnologist, 10, 2, 1983, p. 241-252; Jocelyn Linnekin, « On the Theory and Politics of cultural construction in the Pacific », Oceania, 62, 4, 1992, p. 249 263; Roy Wagner, The Invention of Culture, Chicago, University of Chicago Press, 1975; pour une discussion, voir Éric Wittersheim, Des sociétés dans l’État : Anthropologie et situations postcoloniales en Mélanésie, Paris, Aux lieux d’être, 2006.
33 Eric Hobsbawm et Terence Ranger (dir.), The Invention of Tradition, Cambridge, Cambridge University Press, 1983.
34 Keesing et Tonkinson (dir.), « Reinventing Traditional Culture: The Politics of Kastom in Island Melanesia ».
35 Hanson, « The Making of the Maori: Culture Invention and Its Logic ».
36 Adam Kuper, « The return of the native », Current Anthropology, 44, 3, 2003, p. 389-402.
37 Il est en effet paradoxal de reprocher aux autochtones de racialiser leur discours, alors même que les premiers à les définir selon des critères biologiques ont été historiquement les États, que l’on pense au statut d’Indien au Canada ou au statut des Hawaiiens à Hawaii. Ainsi, J. Kēhaulani Kauanui a montré que c’est bien le gouvernement d’Hawaii qui a imposé le blood quantum, c’est-à-dire un certain pourcentage, en l’occurrence 50 %, de sang hawaiien pour pouvoir être reconnu comme bénéficiaire du programme d’allocation des terres mis en place en 1920 et plus généralement, dans le cadre d’une politique visant progressivement à faire disparaître « naturellement », entre autres par métissage, affranchissement, assimilation, la catégorie ou, du moins, à limiter le nombre de bénéficiaires des programmes gouvernementaux (J. Kēhaulani Kauanui, « The politics of blood and sovereignty in Rice v. Cayetano », Political and Legal Anthropology Review, 25, 1, 2002, p. 110-128). C’est la même logique qui a orienté l’État néo-zélandais quand il a défini, dans les années 1980, la tribu « traditionnelle » comme seule propriétaire des ressources maaori et des avantages liés aux programmes de compensations.
38 John D. Kelly et Martha Kaplan, Represented Communities: Fiji and World Decolonization, Chicago, University of Chicago Press, 2001, p. 151.
39 Pour une analyse d’un cas similaire chez les Maaori de la Nouvelle-Zélande, voir Natacha Gagné, « The Political Dimensions of Coexistence », Anthropological Theory, 9, 1, 2009, p. 33-58.
40 James Clifford, « De l’autorité en ethnographie. Le récit anthropologique comme texte littéraire », dans Daniel Céfaï (dir.), L’enquête de terrain, Paris, La Découverte, 2003, p. 208-233.
41 Bronislaw Malinowski, Les Argonautes du Pacifique occidental, Paris, Gallimard, 1963 [1922].
42 Clifford, « De l’autorité en ethnographie. Le récit anthropologique comme texte littéraire », dans L’enquête de terrain.
43 Daniel Céfaï (dir.), L’enquête de terrain, Paris, La Découverte, 2003, p. 193.
44 Clifford Geertz, Bali, interprétation d’une culture, Paris, Gallimard, 1973, p. 452.
45 Dan Sperber, Le savoir des anthropologues, Paris, Hermann, 1982, p. 47. On remarquera que Sperber lui-même n’est probablement pas très objectif dans ses analyses du relativisme en anthropologie, auquel il entend substituer une approche cognitiviste des phénomènes sociaux…
46 Clifford, « De l’autorité en ethnographie. Le récit anthropologique comme texte littéraire », dans L’enquête de terrain, p. 280.
47 Pour des détails sur le développement de cette figure autoritaire en lien avec le l’émergence et l’institutionnalisation de la méthode de l’observation participante en anthropologie au XXe siècle, voir Clifford « De l’autorité en ethnographie. Le récit anthropologique comme texte littéraire », dans L’enquête de terrain et James Clifford et G. E. Marcus, Writing culture : The Poetics and Politics of Ethnography, Berkeley, University of California Press, 1986.
48 Clifford, « De l’autorité en ethnographie. Le récit anthropologique comme texte littéraire », dans L’enquête de terrain p. 133.
49 James Clifford, « Introduction: Partial Truths », dans James Clifford et George E. Marcus (dir.), Writing culture: The Poetics and Politics of Ethnography, Berkeley, University of California Press, 1986, p. 8.
50 Linda Tuhiwai Smith, Decolonizing Methodologies: Research and Indigenous Peoples.
51 Voir, entre autres exemples, Marie Battiste et James (Sákéj) Youngblood Henderson, Protecting Indigenous Knowledge and Heritage: A Global Challenge, Saskatoon, Purich Press, 2000; Marie Battiste, « Decolonizing the University: Ethical Guidelines for Research Involving Indigenous Populations », dans Len M. Findlay et Paul M. Bidwell (dir.), Pursuing Academic Freedom: “Free and Fearless”?, Saskatoon, Purich Press, 2001, p. 190-203; Vine J. Deloria, « Commentary: Research, Redskins, and Reality », American Indian Quarterly, 15, 1, 1991, p. 457-467; Devon A. Mihesuah (dir.), Natives and Academics: Discussions on Researching and Writing About American Indians, Nebraska, University of Nebraska Press, 1998; Devon A. Mihesuah et Angela C. Wilson (dir.), Indigenizing the Academy: Transforming Scholarship and Empowering Communities, Bison Books, 2004; Charles Menzies, « Reflections on Research With, For, and Among Indigenous Peoples », Canadian Journal of Native Education, 25, 1, 2001, p. 19-36; Charles Menzies, « Putting Words into Action: Negotiating Collaborative Research in Gitxaala », Canadian Journal of Native Education, 28, 1-2, 2004, p. 15-32; Brian Schnarch, « Propriété, contrôle, accès, possession (PCAP) ou l’autodétermination appliquée à la recherche. Une analyse critique de la recherche contemporaine des Premières Nations et quelques options à l’intention des communautés des Premières Nations », Journal de la santé autochtone, 1, 1, 2004, p. 80-95; Cora Weber-Pillwax, « What is Indigenous Research? », Canadian Journal of Native Education, 25, 2, 2001, p. 166-174; Shawn Wilson, « Progressing Toward an Indigenous Research Paradigm in Canada and Australia », Canadian Journal of Native Education, 27, 2, 2003, p. 161-178.
52 Pour voir les détails de la représentation maaori dans la gouvernance de l’Université d’Auckland, par exemple, voir Rūnanga (consulté le 9 mars 2008), [En ligne]. Adresse URL : http://www.auckland.ac.nz/uoa/runanga/.
53 Steven Webster, Patrons of Maori Culture: Power, Theory and Ideology in the Maori Renaissance, Dunedin, University of Otago Press, 1998.
54 Kuper, « The return of the native ».
55 Voir aussi Tom Flanagan, First Nations? Second Thoughts, Montréal, McGill-Queen’s University Press, 2000; Kelly et Kaplan, Represented Communities: Fiji and World Decolonization; Elizabeth Rata, Democratic Principles in Teaching and Learning: A Kantian Approach, Monograph/Research Report Series, Auckland, Auckland College of Education, 2002; Elizabeth Rata, « Kaupapa Maori Education in New Zealand », dans Jack Demaine (dir.), Citizenship and Political Education Today, New York, Palgrave Macmillan, 2004, p. 59-74; Elizabeth Rata, « Rethinking Biculturalism », Anthropological Theory, 5, 3, 2005, p. 267-284.
56 Émile Durkheim, Les règles de la méthode sociologique, chapitre II, Paris, Presses universitaires de France, 1967.
57 Stoczkowski, « The “Fourth Aim” of Anthropology: Between Knowledge and Ethics », p. 352.




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