NOTES
1 En témoigne le succès américain de plusieurs biographies consacrées à Foucault : Didier Eribon : Michel Foucault, Cambridge, Harvard University Press, 1991 (la version originale française est parue la même année); David Macey : The Lives of Michel Foucault, New York, Pantheon, 1993; et James Miller : The Passion of Michel Foucault, New York, Simon and Schuster, 1993. Cette dernière biographie a soulevé de vives controverses en fournissant des munitions à ceux qui ont cherché à discréditer l’œuvre de Foucault en la rapprochant de la vie personnelle d’un «sujet pathologique» irresponsable et à la recherche d’expériences-limites qui l’auraient, entre autres, conduit à transmettre volontairement le VIH à ses partenaires de San Francisco. Sur cette question, voir Roddy Reid : «Foucault en Amérique : biographème et Kulturkampf», Futur antérieur, 23-24, 1994, p. 133-165.
2 À la même époque paraissent sur la côte est américaine plusieurs revues contre-culturelles, dont Semiotext(e), Glyph, Diaspora, Boundary 2, qui ont fortement contribué à la diffusion de la French Theory.
3 Éric Fassin, «La chaire et le canon. Les intellectuels, la politique et l’Université aux États-Unis», Annales ESC, no2, 1993, p. 265-301.
4 Jean-Claude Barat: «Le post-structuralisme français aux États-Unis. Greffe ou rejet?», Lettres actuelles, no10, 1996, p. 34-41; Geoffrey Gait Harpham: «Foucault and the New Historicism», American Literary History, 3(2), 1991, p. 360-375; Roddy Reid: «Foucault in America: Biography, ‘Culture War’, and the New Consensus», Cultural Critique, Winter 1996-1997, p. 179-211. Signalons aussi le dossier «Le crépuscule de l’Europe sur les campus américains», Le messager européen, 5, 1991, p. 95-158.
5 Mentionnons seulement: Graham Burchell, Colin Gordon & Peter Miller (éd.): The Foucault Effect. Studies in Gouvernementality, Chicago, University of Chicago Press, 1991; David Hoy Couzens (éd.): Foucault: A Critical Reader, New York/Oxford, Blackwell, 1986; Hubert Dreyfus & Paul Rabinow: Michel Foucault: Beyond Structuralism & Hermeneutics, Chicago, University of Chicago Press, 1983; Gary Gutting: Michel Foucault’s Archeology of Scientific Reason, New York/Cambridge, Cambridge University Press, 1989; Michael Kelly (éd.): Critique & Power. Recasting the Foucault/Habermas Debate, Cambridge, MIT Press, 1994; John S. Ransom: Foucault’s Discipline. The Politics of Subjectivity, Durham/London, Duke University Press, 1997.
6 Michael Donnelly: «La planète Foucault», Magazine littéraire, no. 207, mai 1984, p. 52.
7 L’expression «social control» a reçu sa première définition dans le livre de George F. Vincent et Albion W. Small: An Introduction to the Study of Society, New York, American Book Company, 1894. C’est cependant Edward Alsworth Ross qui a élaboré la première véritable théorie du social control. Elle allait devenir la référence sociologique incontournable.
8 Edward Alsworth Ross: Social Control. A Survey of he Foundations of Order, New York, Macmillan, 1901 (réédition: Cleveland/London, The Press of Case Western Reserve University, 1969). Une version abrégée de cet ouvrage a été publiée sous le titre Social Control and the Foundations of Sociology, Beacon Press, Boston, 1959.
9 Bernard-Pierre Lécuyer, «Régulation sociale, contrainte sociale et “social control"», Revue française de sociologie, 8, 1, 1967, p. 78-85.
10 Auguste Comte: Système de politique positive [1851], tome IV, Paris, Larousse, 1895, p. 193.
11 Émile Durkheim: Le suicide, Paris, Alcan, 1897, p. 275-279.
12 Don Martindale: The Nature and Types of Social Theory, Boston, Houghton Mifflin, 1960, p. 32.
13 Gabriel Tarde: La criminalité comparée, Paris, Alcan, 1886; La philosophie pénale, Lyon, Storck, 1890; Études pénales et sociales, Lyon, Stock, 1892.
14 Mentionnons principalement George Herbert Mead (1863-1931), William I. Thomas (1863-1947), Charles H. Cooley (1864-1929) et Talcott Parsons (1902-1979). Parsons, bien que moins influencé par la théorie américaine du social control que par la sociologie européenne (il traduit Weber), demeure une figure majeure du courant fonctionnaliste.
15 Robert F. Meier: «Perspectives on the Concept of Social Control», Annual Review of Sociology, 8, 1982, p. 35-55 (voir p. 36-37).
16 Robert Mayer et Henri Dorvil: «La sociologie américaine et les problèmes sociaux», dans Henri Dorvil et Robert Mayer (dir.): Problèmes sociaux 1, Québec, Presses de l’Université du Québec, 2001, p. 57-78 (voir p. 74). Ce texte met en perspective les différences entre la théorie de l’ordre (ou fonctionnalisme) et la théorie du conflit (conflict theory) au sein de la sociologie américaine. Voir aussi à ce sujet Morris Janowitz: «Sociological Theory and Social Control», American Journal of Sociology, 81, 1, 1975, p. 82-108; Meier, «Perspectives on the Concept of Social Control»; et James F. Short & Robert F. Meier: «Criminology and the Study of Deviance», American Behavioral Scientist, 24, 3, 1981, p. 462-478.
17 Edwin M. Lemert: Human Deviance, Social Problems and Social Control, Englewood Cliffs, Prentice-Hall, 1967, p. ix.
18 Charles Wright Mills: The Power Elite, New York, Oxford University Press, 1959; Power, politics and people, New York, Ballantine Books, 1963.
19 Mentionnons seulement quelques ouvrages représentatifs de la conflict theory prenant clairement position contre la théorie fonctionnaliste: Paul Connerton (éd.): Critical Sociology, New York, Penguin, 1976; David F. Greenberg: Crime and Capitalism. Readings in Marxist Criminology, Philadelphia, Temple University Press,1993; Lemert, Human Deviance, Social Problems and Social Control; Robert Nisbet: Twilight of Authority, New York, Oxford University Press, 1975; Richard Quinney: Class, State and Crime. On the Theory and Practice of Criminal Justice, New York, David McKay Company, 1977.
20 John Horton: «Order and Conflict Theories of Social Problems as Competing Ideologies», American Journal of Sociology, 71, 6, 1966, p. 701-713.
21 Émile Durkheim: Les règles de la méthode sociologique, Paris, Presses universitaires de France, 1963 [1895], p. 11 et 14.
22 Les rares références de Foucault à Durkheim concernent la théorie durkheimienne de la prohibition de l’inceste. Voir Dits et écrits, vol. III, Paris, Gallimard, 1994, p. 478-479 et Dits et écrits, vol. IV, Paris, Gallimard, 1994, p. 184.
23 Camille Paglia: «Junk Bonds and Corporate Raiders: Academe in the Hour of the Wolf», in Sex, Art and American Culture, New York, Vintage, 1992, p. 170-248. Voir aussi Gerald Weissmann («Foucault and the Bag Lady», Hospital Practice, août 1982) qui rendait Foucault responsable de la libre circulation des schizophrènes dans les rues de New York.
24 Michel Foucault: Dits et écrits, vol. II, Paris, Gallimard, 1994, p. 523. Voir aussi p. 720: «Tous mes livres […] sont […] de petites boîtes à outils. Si les gens veulent bien les ouvrir, se servir de telle phrase, telle idée, telle analyse comme d’un tournevis ou d’un desserre-boulon pour court-circuiter, disqualifier, casser les systèmes de pouvoir, y compris éventuellement ceux-là mêmes dont mes livres sont issus… eh bien, c’est tant mieux!» Et ailleurs: «J’écris des choses qui semblent utilisables. En somme, des choses utilisables dans un sens différent, par des gens différents, dans des pays différents dans certains cas» (Michel Foucault: Dits et écrits, vol. III, Paris, Gallimard, 1994, p. 620.) Cette conception utilitariste de la pensée, souvent attribuée à Foucault, provient en réalité de Gilles Deleuze qui affirme dans un entretien de 1972 avec Foucault: «C’est ça, une théorie, c’est exactement comme une boîte à outils. […] Il faut que ça serve, il faut que ça fonctionne. Et pas pour soi-même. S’il n’y a pas des gens pour s’en servir, à commencer par le théoricien lui-même qui cesse alors d’être un théoricien, c’est qu’elle ne vaut rien, ou que le moment n’est pas venu» (Michel Foucault et Gilles Deleuze: «Les intellectuels et le pouvoir», L’Arc, no. 49, 1972, p. 5; repris in Michel Foucault, Dits et écrits, vol. II, p. 309.)
25 Michel Foucault: Surveiller et punir, Paris, Gallimard, 1975, p. 34 et 40.
26 Norman B. Macintosh: Accounting, Accountants and Accountability: Poststructuralist Positions, New York/London, Routledge, 2002; Alan McKinlay & Ken Starkey (éd.): Foucault, Management and Organization Theory. From Panopticon to Technologies of Self, California/London/New Dehli, SAGE, 1998.
27 Yves Gendron et Richard Baker: «Par delà les frontières disciplinaires et linguistiques: l’influence des penseurs français sur la recherche en comptabilité», Comptabilité, contrôle, audit, 7, 2, 2001, p. 5-23.
28 Frank Pearce & Steve Tombs: Toxic Capitalism: Corporate Crime and the Chemical Industry, Aldershot/Brookfield, Ashgate Darmouth, 1998; Dario Melossi & Massimo Pavarini: The Prison and the Factory. Origins of the Penitentiary System, London/Basingstoke, Macmillan Press, 1981. Ce dernier ouvrage est originellement paru en Italie en 1977; nous le mentionnons tout de même et nous reviendrons dans la dernière section sur l’analyse par Melossi de la réception de Foucault aux États-Unis.
29 Victor Tadros: «Between Governance and Discipline: the Law and Michel Foucault», Oxford Journal of Legal Studies, 18, 1, 1998, p. 75-103; Anthony Beck: «Foucault and Law: the Collapse of Law’s Empire», Oxford Journal of Legal Studies, 16, 3, 1996, p. 489-502; Alan Hunt & Gary Wickham: Foucault and the Law. Towards a Sociology of Law as Governance, Pluto Press, Colorado/London, 1994; Jerry Palmer & Frank Pearce: «Legal Discourse and State Power», International Journal of Sociology of Law, 11 1983, p. 361-383.
30 Jeremy Moss (éd.): The Later Foucault, Thousand Oaks/London/New Dehli, SAGE, 1998; Andrew Barry, Thomas Osborne & Nikolas Rose (éd.): Foucault and Political Reason. Liberalism, Neo-Liberalism and Rationalities of Government, London, UCL Press,1996; Ransom, Foucault’s Discipline. The Politics of Subjectivity.
31 Kenneth J. Saltman & David A. Gabbard (éd.): Education As Enforcement: The Militarization and Corporatization of Schools, New York, Routledge, 2003; David A. Gabbard (éd.): Knowledge & Power in the Global Economy: Politics and the Rhetoric of School Reform, Mahwah (N.J.), Lawrence Erlbaum Publishing, 2000; Thomas S. Popkewitz & Marie Brennan (éd.): Foucault’s Challenge: Discourse, Knowledge, and Power in Education, New York, Teachers College Press, 1997; David A. Gabbard: Silencing Ivan Illich: A Foucauldian Analysis of Intellectual Exclusion, San Francisco, Austin and Winfield, 1993.
32 Adrienne S. Chambon, Allan Irving & Laura Epstein (éd.): Reading Foucault for Social Workers, New York, Columbia UP, 1999.
33 Alan Petersen & Robin Bunton: Foucault, Health and Medicine, London/New York, Routledge, 1997.
34 Dave Holmes: «Constructing Monsters: Correctional Discourse and Nursing Practice», International Journal of Psychiatric Nursing Research, 8, 3, 2003, p. 942-962; «Police and Pastoral Power: Governmentality and Correctional Forensic Psychiatric Nursing», Nursing Inquiry, 9, 2, p. 84-92; «From Iron Gaze to Nursing Care: Mental Health Nursing in the Era of Panopticism», Journal of Psychiatric and Mental Health Nursing, 8, 1, p. 7-15; «Nursing and Foucault: A History of the Present», Nursing Inquiry, 6, 1, p. 17-25.
35 Michel Foucault: Les mots et les choses, Paris, Gallimard, 1966, p. 359.
36 Erwing Goffman: Asylums, New York, Double-Day, 1961.
37 Foucault, Surveiller et punir, p. 264.
38 Foucault, Dits et écrits, vol. III, p. 802-803; Michel Foucault: Dits et écrits, vol. IV, Paris, Gallimard, 1994, p. 38-39 et 590.
39 Gilles Deleuze a souligné la préoccupation de Foucault pour le passage des sociétés disciplinaires aux sociétés de contrôle par lequel est introduit un ensemble d’instruments non institutionnels et infiniment modulables utilisés de manière continue en créant une illusion de liberté (marketing, éducation permanente, échange d’information bancaire par réseaux, etc). Voir Gilles Deleuze: «Post-scriptum sur les sociétés de contrôle», in Pourparlers, Paris, Minuit, 1990, p. 240-247.
40 Foucault, Surveiller et punir, p. 246.
41 Ibid., p. 163.
42 Foucault, Dits et écrits, vol. III, p. 150.
43 Michel Foucault: Naissance de la biopolitique, Paris, Seuil/Gallimard, 2004, p. 79.
44 Dario Melossi a complété un doctorat à l’Université de Californie et il enseigne la criminologie à la Faculté de droit de l’Université de Bologne. Ses travaux portent sur la question du contrôle social à la fois dans les traditions américaine et européenne.
45 Mentionnons seulement Dario Melossi: «The Cultural Embeddedness of Social Control», Theoretical Criminology, 5, 4, 2001, p. 403-424; «Remarks on Social Control, State Sovereignty and Citizenship in the New Europe», dans Vincenzo Ruggiero et al. (éd.): The New European Criminology, London/New York, Routledge, 1998, p. 52-63; «State and Social Control à la Fin de Siècle: From the New World to the Constitution of the New Europe», dans Roberto Bergalli & Colin Sumner: Social Control and Political Order, London/Thousand Oaks/New Dehli, SAGE, 1997, p. 52-74; Dario Melossi: The State of Social Control, Cambridge, Polity Press, 1990; Melossi & Pavarini, The Prison and the Factory. Origins of the Penitentiary System.
46 Dario Melossi: The State of Social Control, Cambridge, Polity Press, 1990, p. 4.
47 Michel Foucault: «Droit de mort et pouvoir sur la vie», in La volonté de savoir, Paris, Gallimard, 1976, p. 177-211.
48 Melossi, «State and Social Control à la Fin de Siècle: From the New World to the Constitution of the New Europe», p. 52.
49 Melossi, «State and Social Control à la Fin de Siècle: From the New World to the Constitution of the New Europe», p. 52.
50 Foucault, La volonté de savoir, p. 185.
51 Foucault, Surveiller et punir, p. 241.
52 Georg Rusche et Otto Kirchheimer: Punishment and Social Structures, New York, Columbia University Press, 1939.
53 Foucault, Surveiller et punir, p. 32-33.