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Monde commun est heureux de présenter à son public un premier numéro thématique, sur la pensée et la philosophie politiques en France.

Alors que quelques-uns de ses principaux défenseurs eux-mêmes diagnostiquaient sa quasi-disparition il y a quelques décennies (Leo Strauss en 1959, Claude Lefort en 1983, au moment même où il plaidait pour sa « restauration »), on doit constater de nos jours la très forte présence de la philosophie politique à la fois dans le monde académique et universitaire et dans l’espace intellectuel. Cela dit, la philosophie politique dont il est question le plus souvent est pour l’essentiel la philosophie politique anglo-américaine. Sans contester le bien fondé et le mérite des recherches menées dans cette direction, on doit pourtant constater que cette philosophie politique a probablement contribué à occulter le renouveau de la pensée qui a eu lieu en France depuis le déclin du marxisme, soit depuis 1975 environ.

L’enjeu ici n’est pas historique — encore moins « national ». Il ne s’agit pas seulement d’enregistrer la présence du nouveau. La véritable question concerne la contribution que la philosophie politique française — et plus largement : la pensée politique française — peut apporter aux débats contemporains.

On aura deviné que les auteurs des sept articles de ce premier numéro de Monde commun — composé sous la direction de Gilles Labelle et Daniel Tanguay — estiment tous que cette contribution est notable.

Yves Couture, dans un premier temps, présente de manière à la fois englobante et précise le contexte et les conditions qui ont rendu possible le renouveau de la pensée dont il est ici question. Daniel Tanguay, Gilles Labelle et Lucien Pelletier explorent ensuite deux figures, en particulier, qui sont situées au centre du renouveau de la philosophie politique en France : Tanguay explore et interroge les fondements de la pensée d’Alain Renaut, défenseur d’une « philosophie politique appliquée », cependant que Labelle et Pelletier se penchent plutôt sur
la «philosophie politique critico-utopique » de Miguel Abensour, qui met l’accent sur la critique de la domination et refuse de considérer que les « questions ultimes » qui ont donné historiquement sens à la philosophie politique sont derrière nous. Myrtô Dutrisac, pour sa part, explore les liens entre la pensée de Claude Lefort, qui est souvent considéré comme le pionnier du retour à la philosophie politique en France, et celle de Leo Strauss, dont il ne serait pas faux de dire que Lefort l’a considéré de manière ininterrompu comme l’un de des principaux interlocuteurs. Dans un sens apparenté, Jean-François Thibault met en rapport les pensées de Michel Foucault et de Carl Schmitt sur la question de la guerre. Enfin, Alain Beaulieu s’interroge sur la réception et le sort réservé à la pensée de Foucault aux Etats-Unis d’Amérique.

Vivante, la philosophie et la pensée française qui émerge et croît après 1970 et dont on a cherché à donner ici un échantillon est donc, on le constatera aisément à la lecture de ces articles, tout sauf monolithique, traversée de débats qui renvoient aux conflits qui traversent les démocraties contemporaines.


Université d'Ottawa Centre interdisciplinaire de recherche sur la citoyenneté et les minorités