« Le Québec est de retour! » proclame le ministère des Affaires intergouvernementales canadiennes du Québec. Quelle est la signification de cet énoncé? Je tente, dans le cadre de ce texte, de proposer un cadre d’analyse afin de mieux apprécier l’importance symbolique, politique et sociologique d’une telle affirmation. La réponse peut paraître évidente, mais elle ne l’est pas. Ensuite, j’offrirai quelques points de repère afin de mieux comprendre les modalités de ce retour du Québec. Finalement, j’expliquerai pourquoi les francophones hors Québec doivent profiter de l’appel du Québec à un nouveau rapport avec lui.
Que signifie « Le Québec est de retour! »
L’expression « Le Québec est de retour! » est forte au plan symbolique. De fait, l’on entend dire dans plusieurs milieux, associatif, politique ou universitaire, que le Québec est de retour au sein de la francophonie canadienne. Or, l’expression « francophonie canadienne » est aussi très nouvelle en milieu minoritaire francophone. Elle n’est pas une autre façon de parler du Canada français. Elle renvoie plutôt à une autre idée de la francophonie au Canada. Pour sa part, jusqu’au début des années 1990, le milieu minoritaire francophone s’est défini comme une francophonie hors Québec. En 1992, lorsque la Fédération des francophones hors Québec devient la Fédération des communautés francophones et acadiennes du Canada, le milieu minoritaire embrasse rapidement la représentation de lui-même comme un ensemble de communautés francophones et acadiennes. Récemment, il a laissé tomber son communautarisme pour se projeter dans un plus grand ensemble qui serait celui de francophonie canadienne.
C’est dans un tel cadre de mutation au plan identitaire qu’il faut comprendre l’expression « le Québec est de retour! ». C’est que le Québec invite dorénavant le milieu minoritaire francophone à revoir son rapport avec lui. Il se dit également partie prenante de cette francophonie canadienne au lieu de se représenter comme une entité séparée ou en opposition à elle. En ce sens, la mutation identitaire n’est pas à sens unique. Elle marque aussi des transformations en cours au Québec. Déjà que les Québécois se définissent dorénavant comme des Nord américains et non uniquement comme des Canadiens, l’appartenance à l’identité franco-canadienne s’ajoute à celle de francophones d’Amérique et sert à relancer la possibilité d’un lien plus étroit avec les autres francophones du Canada au sein du cadre fédéral. À une époque, Pierre Falardeau faisait dire la même chose à Elvis Gratton, dans son film du même nom, pour dénoncer l’aliénation des Québécois. Aujourd’hui, nous valorisons une telle démarche, car elle permet de mieux rendre compte de la complexité des identités francophones (Van Schendel, 2001). Il manquait, toutefois, l’identité franco-canadienne pour compléter la boucle et c’est ce que propose aujourd’hui le ministre Pelletier lorsqu’il dit que le Québec fait partie de la francophonie canadienne.
En somme, l’idée selon laquelle le Québec est de retour s’inscrit dans un cadre plus large que l’on pourrait qualifier de post-nationaliste. Au Canada, depuis les années 1960, les francophones étaient tiraillés entre une identité communautaire dans le prolongement du nationalisme canadien-français et une identité québécoise puisant dans le néonationalisme québécois. Le nouveau contexte permet aux Québécois de s’identifier à la fois à leur nation et à la francophonie canadienne qu’ils peuvent aussi se représenter dans le contexte plus large d’une francophonie nord-américaine. Ces francophonies multiples doivent être davantage solidaires et accepter l’asymétrie de leurs situations (Pelletier, 2008). Elles se reconnaissent mutuellement et souhaitent davantage de partenariats entre elles comme en témoignent, notamment les discours du ministre Pelletier qui me semblent très éloquents sur ce sujet (Pelletier, 2008).